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Après La Chapelle, la mairie de Paris veut ouvrir un lieu d’accueil pour les migrants

mercredi 10 juin 2015 à 00:00

À la suite de la violente opération de police qui s’est déroulée lundi 8 juin 2015 dans l’après-midi à Paris pour déloger des migrants qui s’étaient installés sur l’esplanade de la Halle Pajol dans le XVIIIe arrondissement, Anne Hidalgo a déclaré mardi soir que « les migrants ne peuvent pas dormir dehors ». La maire de Paris s'inquiète que des campements se reforment dans la capitale, à l'image de celui du pont de La Chapelle, expulsé mardi 2 juin, et de celui du quai d'Austerlitz, sous le coup d'un arrêté d'évacuation, alors que les passages en Méditerranée s'accélèrent et que la tension est toujours plus palpable à Calais.

Interrogée sur  BFM-TV au moment où avait lieu une manifestation en soutien aux personnes interpellées, elle a fait une proposition. « Face à l’afflux de migrants auquel nous sommes confrontés, il faut ouvrir un lieu qui permette d’accueillir ces personnes pendant une quinzaine de jours, qui leur permette de se poser, de réfléchir, de faire ce travail avec les associations, pour savoir si elles demandent le droit d’asile en France ou pas », a-t-elle affirmé, reprenant une mesure préconisée par différentes associations qui viennent en aide aux étrangers. En attendant, dans les heures qui ont suivi, des réfugiés ont passé la nuit au jardin collectif du Bois Dormoy, à proximité de la Halle Pajol.

La polémique politique enfle depuis quelques jours. Des représentants d’EELV, du PCF, du Parti de gauche et du NPA, rejoints par quelques élus socialistes, montent au créneau pour dénoncer les opérations de police à répétition, à propos desquelles le Défenseur des droits, Jacques Toubon, vient d'annoncer l'ouverture d'une enquête. Parmi les 84 exilés de Pajol conduits lundi soir au commissariat, 40 ont été placés dans des centres de rétention administrative, selon le dernier décompte des associations présentes dans ces lieux : neuf Érythréens et sept Soudanais ont été envoyés au Mesnil-Amelot, sept Érythréens et treize Soudanais à Vincennes, deux Éthiopiennes au Dépôt sur l’Ile-de-la-Cité à Paris et deux Érythréens à Palaiseau. Des audiences devant le tribunal administratif et le juge des libertés et de la détention devraient se tenir cette semaine.

Dans le jardin du Bois Dormoy à Paris, mardi 9 juin dans la soirée. © Tessa ChéryDans le jardin du Bois Dormoy à Paris, mardi 9 juin dans la soirée. © Tessa Chéry

Se sentant visé, le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a fustigé, mardi lors de la séance des questions à l'Assemblée nationale, la « démagogie » et l’« irresponsabilité de ceux qui critiquent la politique du gouvernement ». Ce qui n'a pas empêché l'ex-ministre écologiste du logement Cécile Duflot de comparer la politique migratoire de la France à un « Waterloo moral », dans une lettre à François Hollande publiée mercredi dans Le Monde. « La situation faite aux migrants anciennement situés à La Chapelle et désormais régulièrement dispersés par les forces de police, est insupportable. […] À force de professer un pseudo-pragmatisme, nous ne réglons pas les problèmes concrets et nous perdons la bataille des valeurs », insiste la députée écologiste.

Selon une source gouvernementale citée par Reuters, une réunion sur la question des migrants s’est tenue à l’issue du conseil des ministres autour du président de la République, en présence du premier ministre et des ministres de l’intérieur et des affaires sociales. L'accueil et le logement sont des enjeux centraux. La mairie de Paris comme l'État communiquent actuellement sur le fait que des propositions de logement ont été faites à tous, mais que les personnes les refusent. Sans expliquer pourquoi. Leurs responsabilités en la matière sont partagées. La charge de l'hébergement d'urgence et du logement des demandeurs d’asile revient à l’État ; la mise à l'abri des mineurs isolés et des personnes vulnérables à la mairie.

« Ce n’est pas acceptable, ce n’est pas digne d’expliquer qu’ils doivent rester dehors alors qu’il y a des places d’hébergement disponibles », affirme Anne Hidalgo. De son côté, une semaine après les faits, le préfet d’Ile-de-France Jean-François Carenco rend public son bilan. D'après celui-ci, sur les 471 personnes « recensées » par Emmaüs Solidarité et France terre d’asile (FTDA), 49 personnes vulnérables (familles, mineurs isolés et femmes) ont été prises en charge par la ville de Paris et sont « suivies par les services sociaux » ; 45 ont obtenu le statut de réfugié « ouvrant droit à une protection et à un hébergement pérennes » ; près d’une centaine ont entamé des démarches de demandeurs d’asile et se sont vu proposer une place dans des centres d’accueil de demandeurs d’asile (Cada) ; enfin, 277 personnes diagnostiquées comme étant en transit sur le territoire ont été orientées vers des hôtels sociaux en Ile-de-France pour trois nuits prolongées de quatre (jusqu’à mardi 9 juin) ou vers des dortoirs, comme le Chapsa à Nanterre, ou la Boulangerie boulevard Ney à Paris, où sont recueillies les personnes sans domicile fixe. « Dire aujourd’hui que l’on peut avoir faim alors qu’un hébergement est proposé n’est pas acceptable. La République française applique sa devise de fraternité, au quotidien, dès lors que la main tendue est saisie », estime Jean-François Carenco, rappelant son credo, qui est celui de Bernard Cazeneuve, comme de la totalité des ministres de l'intérieur de droite comme de gauche qui l'ont précédé depuis au moins une décennie : « Fermeté et humanité. »

Une centaine de migrants puis deux cents ont en effet décliné progressivement les propositions d'hôtel social, jusqu’à se regrouper autour de l’église Saint-Bernard, d’où ils se sont fait chasser par les forces de l’ordre, avant de se rassembler devant la Halle Pajol. Pourquoi de tels refus ? Certains ont accepté de monter dans les bus et ont été envoyés dans des Formule 1 à Noisy-Champ, à Aulnay-sous-Bois ou à Évry-Courcouronnes. Ils s’y sont reposés une nuit mais, le lendemain, beaucoup n’avaient pas suffisamment d’argent pour prendre un petit déjeuner, alors qu’à La Chapelle, des voisins apportaient des vivres et des vêtements de rechange. Ensuite, ils se sont retrouvés isolés, sans possibilité de rejoindre le centre de Paris.

Sachant qu’ils ne bénéficieraient d’une chambre que pour une durée réduite, quelques-uns sont revenus. Entre-temps, ils avaient perdu les affaires amassées (tente, duvet, réchaud, etc.) sur le campement, le service de nettoyage de la ville de Paris les ayant mises à la décharge. Anticipant qu’ils perdraient leur réseau de sociabilité et leurs repères dans la ville, certains ont repoussé d’emblée ces offres très temporaires d’hébergement. D’autres, enfin, n’ont pas souhaité aller dans les austères centres réservés aux SDF, parce que les conditions de vie y sont particulièrement difficiles et les tensions fréquentes entre résidents.

La proposition de la mairie de Paris d’ouvrir un lieu adapté aux besoins des migrants correspond à une demande formulée par différentes instances, comme Médecins du monde. La question est de savoir de quels moyens dispose Anne Hidalgo pour mettre en place rapidement ce type d’endroit. Car l’urgence est là. Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), plus de 100 000 personnes sont arrivées en Europe depuis le début de l'année en traversant la Méditerranée. Même si les personnes ne souhaitent pas toujours rester en France, cette situation ne peut être ignorée.

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Une enquête est ouverte sur les comptes cachés de Jean-Marie Le Pen

mercredi 10 juin 2015 à 00:00

« On veut la peau d’un homme », a déploré Me Frédéric Joachim, l’avocat de Jean-Marie Le Pen, après l’annonce, lundi, par le Parquet national financier (PNF) de l’ouverture d’une enquête sur des faits de « blanchiment de fraude fiscale » reprochés à l’ancien président du Front national. Ainsi que Mediapart l’a annoncé le 22 mai, le PNF a reçu, par le dessaisissement de ses homologues de Nanterre et de Paris, le résultat des investigations du service antifraude Tracfin sur les avoirs présumés de Jean-Marie Le Pen à l’étranger, ainsi que l’enquête concernant les incohérences de ses déclarations de patrimoine.

Premier volet de cette enquête, le compte caché ouvert à la banque HSBC, puis à la Compagnie bancaire helvétique (CBH), à travers un trust placé sous la responsabilité de Gérald Gérin, l’ancien majordome et secrétaire particulier de Le Pen.

Gérin, qui est le trésorier des associations de financement politique Cotelec et Promelec, est devenu en 2008 l’ayant droit de ce trust basé aux îles Vierges britanniques, Balerton Marketing Limited, et géré depuis Genève par Me Marc Bonnant. Le trust détenait 2,2 millions d’euros à la HSBC Guernesey, dont 1,7 million sous forme de lingots et de pièces d'or. En mai 2014, ces fonds ont été transférés aux Bahamas, sur un compte ouvert auprès de la Compagnie bancaire helvétique (CBH), où ils dorment en principe toujours.

Questionné par Mediapart, Gérald Gérin avait contesté être l'ayant droit du trust Balerton, en précisant qu'il allait « demander des explications » à MM. Le Pen et Bonnant. Jean-Marie Le Pen n'avait pas démenti, mais il avait refusé de s’expliquer : « Je ne suis pas tenu de m'expliquer sur ce que dit n'importe qui, en particulier des organes para-policiers chargés de semer la perturbation dans la classe politique », avait-il réagi au lendemain de la publication de nos informations. Contacté mardi par l’AFP, le fondateur du FN a finalement « nié » sa relation avec le trust de son majordome : « Je le nie. Ce n'est pas parce que Mediapart dit quelque chose que c'est une vérité évangélique », a-t-il répondu.

Son avocat s’est plaint de l’annonce de l’ouverture de l’enquête trois jours avant l’examen par le tribunal de Nanterre de l’assignation de Jean-Marie Le Pen visant à contester sa suspension du Front national : « Trois jours avant que le tribunal ne nous entende, qu’on ne nous dise pas que c’est innocent, a-t-il commenté. On voudrait rendre la justice moins sereine que l’on ne s’y prendrait pas autrement. » « Il est incroyable qu’un site comme Mediapart donne des ordres ou des idées au parquet », a persiflé l’avocat.

Jean-Marie Le Pen au parlement européen le 19 mai.Jean-Marie Le Pen au parlement européen le 19 mai. © Reuters

Autre sujet d’interrogation du service anti-fraude Tracfin, le compte détenu au Crédit suisse par Jany Paschos, 82 ans, l’actuelle épouse de Jean-Marie Le Pen. Ce deuxième compte, géré par une petite société de gestion de fortune basée à Genève, Prium finances, aurait été clôturé en 2008, par le rapatriement de 200 000 euros sur le compte bancaire ouvert à la Société générale.

L’existence d’un troisième compte suisse – à l’UBS celui-là – avait par ailleurs été intégrée à l’enquête initialement ouverte par le parquet de Paris sur le patrimoine du fondateur du FN. En 2013, Jean-Marie Le Pen avait confirmé l'ouverture de ce compte en son nom par l’un de ses amis, l’éditeur Jean-Pierre Mouchard, en 1981. Il l’avait justifié par l’octroi d’un « prêt » consenti par l’UBS, une « opération » réalisée selon lui en toute légalité et « contrôlée » par l’administration française. Or les dates et conditions de cet emprunt n'avaient pas été précisées par Jean-Marie Le Pen.

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Le «vice-ministre» des universités entre en zone de turbulences

mardi 9 juin 2015 à 00:00

Jean-Loup Salzmann, président de l'université Paris 13 et de la conférence des présidents d’université (CPU) – certains l’appellent le « vice-ministre » –, est certes un homme de pouvoir, mais de celui qui s’exerce en coulisses. Mais depuis quelques semaines, le tour inquiétant qu’a pris la crise ouverte à l'Institut universitaire de technologie (IUT) de Saint-Denis a commencé à braquer les projecteurs vers lui. À son grand regret. Alors que le nom du successeur de Geneviève Fioraso doit être annoncé dans les prochains jours, les perspectives de celui qui se serait bien vu Rue Descartes se sont sérieusement assombries.

Jean-Loup SalzmannJean-Loup Salzmann © DR/compte Twitter

Mi-mai, sept enseignants de l’IUT de Saint-Denis ont révélé avoir reçu des menaces de mort, un an presque jour pour jour après la violente agression de Samuel Mayol, le directeur de l’IUT, objet lui aussi de nombreuses menaces depuis qu'il a entrepris de mettre de l’ordre dans la gestion de plus en plus problématique de l’institut. Cours fictifs, TD fantômes, vacataires recrutés sans le niveau requis, le rapport qu’a rendu l'inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche (IGAENR) sur la gestion de l'IUT décrit un système quasi mafieux avec un préjudice financier de plusieurs centaines de milliers d’euros. 

Très embarrassant pour Jean-Loup Salzmann, le rapport de l’IGAENR insiste en effet sur l’étonnante inertie de la présidence de Paris 13 dans cette affaire, alors que les alertes s’étaient multipliées depuis longtemps. L’affaire est d’autant plus troublante que, comme Mediapart l’avait révélé l’an dernier, les personnes à la tête de l’IUT étaient les mêmes que celles qui dirigeaient, dans la même université, l’IUP Ville et santé, au début des années 2000. Comme l’avait établi un précédent rapport de l’inspection générale, l'IUP avait peu ou prou connu les mêmes dérives que celles constatées à l'IUT : cours bidons, étudiants fantômes, opacité comptable. L’institut avait d’ailleurs été dissous à la suite de ce rapport accablant. Mais Paris 13 ne s’est manifestement pas inquiété de voir les mêmes personnes reprendre du service, quelques années plus tard, dans une autre entité de l’université. 

Depuis plusieurs mois, le climat dans cet IUT est devenu irrespirable, comme nous le confirment plusieurs enseignants contactés, qui souhaitent rester anonymes. Ceux qui ont reçu parfois plusieurs dizaines de menaces de mort ces dernières semaines sont terrorisés et se sentent abandonnés par leur université, qui leur a refusé leur droit de retrait (le droit de retrait permet à un salarié confronté à un danger grave et imminent d’arrêter son activité), jugeant la menace « non avérée », comme nous l’ont rapporté ces personnels. L’université a également refusé, jusqu'à présent, de leur accorder une protection fonctionnelle. 

Interrogé sur ce point qui a beaucoup choqué les enseignants de Paris 13, Jean-Loup Salzmann évoque des délais de procédure et le « coût » de cette protection pour l’université (voir le détail de sa réponse sous l’onglet Prolonger). L'argument ne convainc guère Samuel Mayol, menacé de mort depuis plus d’un an et demi. Comme d’autres, il s’interroge sur l’étrange attitude du président de l'université depuis le début de cette affaire. Pour les nombreux personnels de Paris 13 rencontrés ces dernières semaines, c’est le système clientéliste mis en place dans l’université qui est en train d’exploser.

Certains rappellent l’appartenance syndicale des dirigeants de l’IUT mis en cause, tous à Sup Autonome, un syndicat dont le vote a été déterminant dans la première élection de Jean-Loup Salzmann. Tous pointent le climat particulier des campagnes de Jean-Loup Salzmann pour se faire élire à la présidence de l’université. La crise actuelle ne serait pas sans lien avec la manière dont a patiemment pris le pouvoir ce médecin qui, de l’Unef à la Mnef en passant par SOS-Racisme, aura été aux meilleures écoles de la Mitterrandie.

En 2004, Jean-Loup Salzmann est alors médecin, professeur d'université-praticien hospitalier (PU-PH), et tente une première fois, sans succès, de se faire élire à la présidence de Paris 13. Il s’ennuie visiblement à la direction du service d’activités industrielles et commerciales (SAIC), un organisme chargé de la valorisation de la recherche au sein de Paris 13, et, en 2008, repart en campagne pour prendre la tête de l’université. Alors que le mouvement Sauvons la recherche agite les facs, Jean-Loup Salzmann prend le train en marche.

« Ce sont des moments où l’on peut se montrer, développer son réseau, et identifier des leaders d’opinions », raconte Christian Chardonnet, physicien, directeur de recherche au CNRS et enseignant à Villetaneuse, qui l’a un temps soutenu dans cette campagne. En tant que directeur du SAIC, Salzmann est invité au conseil d’administration, ce qui lui a permis de se faire connaître, de comprendre son fonctionnement et les rapports de force entre organisations syndicales. 

Surtout, la LRU, votée en 2007, change totalement les règles du jeu. Le pouvoir des présidents d’université est devenu colossal. Ils peuvent, sans trop avoir à se justifier, faire décoller une carrière ou, à l’inverse, la bloquer. À Paris 13, la campagne de Jean-Loup Salzmann prend un tour particulier. « Il promettait des tas de postes », se souvient Christian Chardonnet. « Il cloisonnait tout, transmettait certains mails, d’autres pas. Moi qui avais une culture associative très attachée à la transparence, je trouvais ça curieux. Ce sont en fait des méthodes politiques classiques mais un peu inhabituelles dans le monde universitaire », raconte encore celui qui quittera finalement la campagne. Jean-Loup Salzmann tient parole.

Ceux qui l’ont soutenu sont récompensés. « On a vu des gens au dossier scientifique totalement vide connaître de soudaines promotions », rapporte un enseignant. Les primes, à la discrétion du président, comme la LRU le permet, explosent. Jean-Loup Salzmann distribue aussi des postes de vice-président à ceux qui ont permis son élection. « Son but n’était pas de s’entourer des meilleurs mais de gens qui lui étaient avant tout redevables », indique cet opposant déclaré. À l’inverse, ceux qui se sont mis en travers de sa route commencent une traversée du désert. « Il avait le pouvoir de changer les classements [pour obtenir un poste, soumis au vote d’un comité de sélection - ndlr] et ne s’en est pas privé », assure un économiste de Paris 13, qui souhaite rester anonyme.

IUT de Saint-Denis.IUT de Saint-Denis. © Reuters

La campagne de 2012 pour sa réélection à la tête de l’université laisse aussi à beaucoup un goût amer. Le vote du corps des professeurs d’un côté, celui des maîtres de conférences de l’autre, ne lui donnant pas de majorité, Jean-Loup Salzmann doit soigner les administratifs et les étudiants. Chez les administratifs, la CGT, qui dispose de deux voix, a déjà annoncé qu’elle voterait pour son opposante, Françoise Dibos. Il lui faut obtenir la voix déterminante du représentant de l’Unsa, Thierry Grumelart. Un accord écrit, que Mediapart s’est procuré, cosigné par Jean-Loup Salzmann et Thierry Grumelart, scelle une alliance à la veille de l’élection. Jusqu’ici, rien d’anormal.

Ce sont plutôt les avantages accordés à Thierry Grumelart depuis la réélection de Jean-Loup Salzmann qui étonnent à Paris 13. Il est déjà difficile de comprendre comment, titulaire d’une maîtrise d’administration générale et territoriale, Thierry Grumelart a pu être bombardé directeur d’étude et responsable d’un master banque et finances.

« Non seulement il n'a pas les diplômes requis, mais en plus, il est responsable d’un master où il encadre des étudiants, pratique la validation d’acquis de l’expérience alors qu’il n’a aucune formation dans le domaine », s’indigne un enseignant-chercheur. Plus grave encore, pour cette seule année, Thierry Grumelart a déclaré 798 heures de cours, selon un document interne que s'est procuré Mediapart (à consulter ici), alors qu’un service d’enseignant-chercheur est de 192 heures et que le plafond à ne pas dépasser pour les enseignants non chercheurs est fixé à 384 heures… De quoi toucher une très confortable rémunération. « Avec ses fonctions administratives, il est totalement impossible de faire autant de cours », relève le même enseignant.

Interrogé par Mediapart sur sa situation, Thierry Grumelart nous a dit qu’il ne souhaitait pas « répondre à d’éventuelles questions ». La présidence de Paris 13 nous a, elle, assuré procéder à des vérifications. 

Avec l’Unef, Jean-Loup Salzmann aura un peu plus de fil à retordre. Vivien Hallier, ancien président de l’Unef à Paris 13, élu au conseil d 'administration, se souvient d'avoir fait campagne dans un premier temps contre le clientélisme de Salzmann. « Il a toujours accepté de discuter avec nous sur tous les sujets mais avait une très nette tendance à donner même à des problèmes collectifs une réponse individuelle. Un exemple : en 2010, un enseignant de la filière de STAPS, à Bobigny, avait décidé de rendre le redoublement sélectif, ce qui est parfaitement illégal pour une licence, et avait ainsi refusé la réinscription à de nombreux L1. Jean-Loup Salzmann a alors accepté de réinscrire individuellement tous ceux que j'avais réussi à recontacter personnellement pour constituer un dossier, mais a refusé de signifier à cet enseignant de remettre en question la pratique de manière globale, maintenant ainsi l'université dans l'illégalité pour ménager le corps enseignant », raconte-t-il.

Cet étudiant, qui tenait un blog détaillant la gestion de l’université, rapporte avoir été poussé, sous la pression du service juridique, à le fermer en 2012. Alors qu’il mène clairement campagne contre sa réélection, Vivien Hallier découvre qu’un accord avec Salzmann a été secrètement passé avec un autre représentant de l’Unef (voir notre document). Il stipule par exemple que les règles d’attribution du fonds de solidarité et de développement des initiatives étudiantes (FSDIE) seront revues.

« L'accord fait référence à mots couverts en son dernier point au financement du Festival étudiant contre le racisme, dont le financement par le FSDIE permettait à la section locale de dégager des “marges de fonctionnement” de quelques milliers d'euros », affirme Vivien Hallier. Pour lui, les dés étaient de toutes façons pipés puisque « la consigne de voter Salzmann est d’abord venue du bureau national de l'Unef ». « Il n’y avait pas à discuter », se souvient cet ancien étudiant, qui décide alors, écœuré, de quitter l’Unef.

Contacté par Mediapart, Julien Million, le représentant de l’Unef qui a négocié avec Jean-Loup Salzmann, certifie que les projets pour lesquels l’Unef recevait des financements « étaient soumis à des règles très précises », et assure pour le reste que les déclarations de cet ancien élu de l’Unef relèvent de « rancœurs personnelles ». Emmanuel Zemmour, qui dirigeait alors l’Unef au niveau national, n’a jamais retourné nos appels.

Même en dehors des périodes électorales, il est manifestement apporté, à Paris 13, la plus grande attention aux élus étudiants, qui forment un corps électoral décisif pour la présidence. Mediapart s’est ainsi procuré le mail qu’un professeur d’économie envoie à ses collègues, leur demandant de réinscrire une année de plus un étudiant en Master 2 d’économie « pour terminer son mandat électif », en précisant « qu’il est possible qu’il ne suive pas les cours et ne se présente pas aux examens ». Un étudiant tout ce qu’il y a de plus fictif donc, mais dont la voix compte. Interrogée sur ce point, la présidence nous a fait cette réponse « Nous avons retrouvé les échanges de mails auxquels vous faisiez allusion concernant les étudiants inscrits pour terminer leur mandat étudiant. Le président de l'Université revendique le fait de favoriser l'engagement étudiant. »

Le cas de la vente de sandwichs accordée à l’association l’Ouverture – qui représente une manne substantielle pour une association étudiante – pose là encore de nombreuses questions. L’inspection générale s’est ainsi émue de cette tolérance, la vente de denrées alimentaires à l’université étant normalement un monopole du centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS), cette vente se faisant par ailleurs sans aucun contrôle sanitaire. Cette dérogation a-t-elle été accordée en échange des voix de l’Ouverture au conseil d’administration ?

Interrogé sur ce point, Jean-Loup Salzmann nous a répondu que cette vente était « tolérée à Paris 13 depuis bien longtemps comme c’est le cas dans de nombreuses universités ». Ce qui est sûr, c’est qu’après avoir voté Salzmann en 2008, le représentant de l’Ouverture, Omar Jellouli, n’apporte pas sa voix en 2012 au président en place, et que son association se voit, quelques mois plus tard, retirer cette tolérance. Après une procédure disciplinaire pour des bagarres entre son association et l’Unef, Omar Jellouli sera finalement exclu de l’université.

Si Jean-Loup Salzmann a mis tant d’énergie à se faire élire et réélire, en mars 2012, à la tête de Paris 13, c’est aussi qu’il vise plus loin. Il a déjà préparé sa campagne pour devenir président de la conférence des présidents d’université, un poste qui vaut souvent à son présidente le titre de “ministre bis” des universités. Il n’hésite pas à jouer de sa proximité avec le gouvernement qui vient d’arriver et sera finalement élu en décembre 2012. « Tout le monde savait que Geneviève Fioraso était faible car assez éloignée du monde universitaire. Jean-Loup, lui, se vantait de discuter directement avec l’Élysée », raconte un président d’université. Deux ans plus tard, cette proximité commence à lui jouer des tours et une liste d’opposition, menée par Danielle Tartakowsky, Anne Fraïsse et Rachid El Guerjouma, dénonce une CPU devenue « une courroie de transmission des pouvoirs publics ».

Son rôle au sein de la CPU n’est pas non plus dénué d’ambiguïté. « Jean-Loup Salzmann a plutôt tenté de calmer les présidents d’université, qui demandaient plus de moyens, qu’il ne les a défendus. Lorsque la CPU a fini par publier quelques textes sur le sujet, c’est vraiment parce qu’il y était acculé », explique une présidente d’université qui, microcosme oblige, requiert l’anonymat.

La seule fois où la CPU est réellement montée au créneau contre le gouvernement, c’est pour s’opposer à la nouvelle obligation de parité dans les comités académiques qui décident des recrutements et des promotions des maîtres de conférences. Sous la houlette de Salzmann, la CPU, dont le bureau ne compte aucune femme, a en effet saisi le Conseil d’État puis le Conseil constitutionnel pour faire abroger cette disposition de la loi Fioraso de 2013. Le Conseil constitutionnel l’a déboutée et l’image d’une institution luttant contre la parité reste pour beaucoup d’universitaires totalement déplorable. Un incontestable faux pas pour ce fin stratège qui a toujours baigné dans le monde des intrigues politiques. 

« C’est quelqu’un qui adore la politique. Notre génération est comme ça », dit de lui son ami Benjamin Stora, professeur à Paris 13, qui l’a connu étudiant, du temps de la création de l’Unef-ID. Avec le Parti socialiste, les relations sont anciennes et quasi familiales. « Il a sauté sur les genoux de François Mitterrand », rappelle Christian Chardonnet. Le père de Jean-Loup, l’ingénieur Charles Salzmann, est en effet un des plus proches amis de François Mitterrand et a participé activement à sa conquête du pouvoir.

« Responsable de la stratégie électorale de Mitterrand » à partir du milieu des années 1970, selon le biographe de Mitterrand Philip Short, Charles Salzmann deviendra son conseiller stratégique après l’élection. Il est l’un des premiers à conseiller à Mitterrand de favoriser la candidature Chirac, contre lequel il lui prédit un bien meilleur score que face à Giscard. Et il organise par exemple une rencontre entre les deux hommes au domicile d’Édith Cresson, alors jeune membre du bureau national du PS, où Mitterrand, comme le raconte Philip Short dans son livre François Mitterrand. Portrait d’un ambigu (Nouveau Monde éditions), conseille à Chirac de ne pas trop rester dans l'ombre de Giscard.

Les premiers engagements de Jean-Loup Salzmann s’inscrivent dans ce contexte particulier. François Mitterrand manque de relais chez les étudiants. Il devient urgent de créer une structure qui lui permette d’exister dans cette frange clé de la population. Avec son copain de fac de médecine Jean-Marie Le Guen, aujourd’hui ministre chargé des relations avec le Parlement, Jean-Loup Salzmann, vingt ans, fonde ainsi le Cosef, une organisation étudiante chargée de représenter les mitterrandiens, comme le décrit notre collègue Laurent Mauduit dans son livre A tous ceux qui ne se résignent pas à la débâcle qui vient (Don Quichotte, 2014). Le groupuscule, qui ne compte qu’une poignée d’étudiants, est alors dirigé par Edith Cresson. « Je ne me souviens pas que le Cosef ait mené une seule action en faveur des étudiants », raille le médecin Emmanuel Maheu, à l'époque membre de l’OCI (les trotskistes lambertistes) et qui côtoie tout ce petit monde alors que se prépare la création de l’Unef-ID, union des trotskistes et des différentes mouvances socialistes contre l’Unef-renouveau, communiste.

« L’objectif était de prendre le contrôle de la Mnef », se souvient Benjamin Stora. Jean-Loup Salzmann participe en 1978, aux côtés de Jean-Marie Le Guen et Jean-Christophe Cambadelis, à la prise de pouvoir au sein de la mutuelle étudiante. Président de la section de Paris, il devient vice-président national en 1982, alors qu’Olivier Spithakis, futur directeur général, en est le trésorier. Il quittera finalement les instances de la mutuelle en 1985. « Comme d’autres, nous sommes partis travailler dans la vie réelle. Jean-Loup est parti faire ses recherches », raconte encore Benjamin Stora. Des recherches qui ne l’occupent cependant pas trop longtemps – l’homme a d’ailleurs très peu publié, tant à cette époque que tout au long de sa carrière hospitalo-universitaire. Jean-Loup Salzmann est alors appelé par une autre aventure mitterrandienne : la création de SOS-Racisme.

Alors que d’une main, François Mitterrand favorise la montée du FN, comme l’ont très bien montré Thomas Legrand, Emmanuel Faux et Gilles Perez dans La main droite de Dieu : enquête sur François Mitterrand et l'extrême droite (Le Seuil, 1994), de l’autre, il entend créer un mouvement susceptible de lui offrir une nouvelle dynamique chez les jeunes autour de l’anti-racisme. Les sondages, après le tournant de la rigueur de 1983, sont en effet au plus bas. « Tout est parti du petit groupe Filoche, tenu par Julien Dray, Didier François, alias “Rocky”, et Harlem Désir. Ils avaient été très marqués par la Marche des Beurs et se disaient qu'il fallait faire quelque chose. Tous décident d'en parler à leur camarade Jean-Loup Salzmann, dont le père est en poste à l'Élysée. Salzmann en parle au président, qui passe le bébé à Bianco. Et l'affaire est lancée », explique Benjamin Stora aux trois auteurs.

« Désormais, tout est piloté de l'Élysée. Jean-Louis Bianco, alors secrétaire général de la présidence de la République, témoigne sans retenue », poursuivent les journalistes « Mon premier contact, c'est Jean-Loup Salzmann. Il m'a dit : “J'ai des amis qui voudraient lancer un mouvement et j'ai même un type pour le diriger, il s'appelle Harlem Désir… Je te jure, c'est son vrai nom !” Je rencontre donc pour la première fois Julien Dray, Rocky, Harlem Désir. On les met en contact avec Pilhan », raconte Bianco, qui admet avoir œuvré à leur trouver « des financements par les ministères ».

Quelques années plus tard, en 1988, Jean-Loup Salzmann entre au cabinet d’Hubert Curien, alors ministre de la recherche et de la technologie. Il y restera cinq ans, officiellement comme « conseiller technique chargé de la biologie, de la médecine et de la culture scientifique et technique ». Une jolie promotion pour ce jeune homme de 33 ans qui n’a alors que bien peu d’états de service dans ces domaines, bientôt suivie d'une autre. Alors qu’il n’a pas fait l’internat, qui n’était pas obligatoire à l’époque, et que ses condisciples de fac de médecine se souvienne d’un étudiant plutôt dilettante, Jean-Loup Salzmann est bombardé par décret présidentiel PU-PH en décembre 1991. Un statut en or qui assure une rémunération très confortable (autour de 10 000 euros mensuels) et n’impose aucun décompte des heures à l’hôpital ou à l’université. 

Interrogé sur sa nomination, Jean-Loup Salzman affirme qu’elle s'est faite « on ne peut plus normalement ». « J’ai été auditionné par le conseil national des universités qui m’a déclaré qualifié, puis le conseil de gestion de l’UFR de médecine et la commission médicale d’établissement de l’AP-HP ont voté pour mon recrutement. »

Une version qui fait quelque peu sourire cet ancien PU-PH d’Avicenne qui souhaite rester anonyme. « Dans le cas de Salzmann, il n'y avait pas de poste pour lui à Bobigny puisqu'il y avait déjà deux professeurs d'histologie. Le ministère a donc donné un poste de PU-PH à Bobigny pour que ce CHU accueille Salzmann », se souvient ce médecin. Mais ce qui irrite le plus à l’hôpital d'Avicenne, c’est qu'il n'y ait ensuite « jamais mis les pieds ». Ce que nous ont confirmé plusieurs personnels hospitaliers, comme l’ancien directeur, Michel Billis. Il n’était pas anormal que Jean-Loup Salzmann, nommé en histologie, une branche de la biologie, n’ait pas de consultation. Mais « on ne nomme pas des PU-PH pour ne pas avoir d'activité hospitalière. Les histologistes peuvent travailler à l'hôpital dans des services de PMA ou en anatomo-pathologie ou encore ailleurs… En ce qui le concerne, il n'a jamais fait d'effort ou manifesté l'intention d'avoir une activité hospitalière », s’agace toujours le même médecin.

Lorsqu’on indique à Jean-Loup Salzmann que plusieurs médecins contactés par Mediapart nous ont affirmé ne l’avoir « jamais vu à l’hôpital », il ne dément pas. « De 1993 à 2002, j’ai exercé mes fonctions hospitalières à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière (service CERVI, essais clinique de thérapie génique) », dit-il, tout en précisant que « les ordonnances de 1958 ne précisent pas de quelle manière les hospitalo-universitaires doivent remplir leur triple mission enseignement-recherche-soins, les fonctions hospitalo-universitaires étant “indissociables”».

Si sa proximité avec François Mitterrand lui a sans aucun doute ouvert bien des portes et permis d’obtenir une confortable situation, l’héritage a parfois été lourd à porter dans le monde universitaire. « Il a toujours été méprisé par ses condisciples pour la manière dont il avait était promu », croit savoir un collègue de Paris 13. Jean-Loup Salzmann, qui espère toujours poursuivre sa carrière au ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, pourrait voir ses projets perturbés par le rapport définitif sur la gestion de l'IUT de Saint-Denis, qui doit être bientôt rendu public. 

BOITE NOIREPour cette enquête, débutée il y a plusieurs semaines, Mediapart a rencontré une dizaine d'enseignants et personnels de Paris 13. Certains ont demandé l'anonymat.

Jean-Loup Salzmann a refusé de nous renconter. Il a demandé que nous lui transmettions nos questions par écrit, ce que nous avons accepté. Ses réponses sont à lire en intégralité dans l'onglet Prolonger. 

Prolonger : Retrouvez toutes nos informations complémentaires sur notre site complet www.mediapart.fr.

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Le militant Pierre Stambul, de l’UJFP, a été interpellé par le Raid à cause d'un hacker

mardi 9 juin 2015 à 00:00

« Le Raid a débarqué au domicile de notre camarade Pierre Stambul », s'alarme l’Union juive française pour la paix (UJFP), dans un texte publié sur son site internet mardi 9 juin 2015. « Les forces de police ont utilisé le protocole pour neutralisation de terroriste retranché armé, poursuit le communiqué. Faisant évidemment chou blanc, le Raid n’en a pas moins appelé la police nationale qui a emmené Pierre menotté. » Selon le préfet de police de Marseille, Laurent Nunez, joint par Mediapart, le militant marseillais, co-président de l’Union juive française pour la paix, a été victime d'un « canular très bien monté » par un « hacker » pour l'instant encore non identifié.

Que s'est-il passé exactement ? Fils d’un résistant et rescapé du célèbre groupe Manouchian, Pierre Stambul, âgé de 65 ans, raconte ainsi son interpellation, joint au téléphone à Mediapart mardi en début d’après-midi :

« Lundi à 23h, j’ai reçu un coup de téléphone sur ma ligne fixe, qui est dans l’annuaire. J’ai décroché, on a raccroché. C’est comme ça que le hacker Ulcan a pu pirater ma ligne [sur sa page facebook, Ulcan dément - ndlr]. Il a ensuite téléphoné avec ma ligne à la police, en disant que j’avais tué ma femme, que j’étais armé et que je tirais sur tout ce qui bougeait. Mardi, à 3h50 du matin, le Raid a enfoncé les portes du lotissement où j’habite, plaqué au passage au sol le fils de mon voisin. Je suis sorti en disant : "Monsieur Stambul ? C’est moi." Les hommes du Raid m’ont mis au sol très violemment, me frappant à la mâchoire. J’ai été menotté pendant plus d’une heure, alors que la femme que j’étais censé avoir tué était à deux mètres. Ils ont ensuite passé le relais au commissariat de police du huitième arrondissement de Marseille, qui a attendu trois heures pour m’entendre, et qui a encore attendu trois heures après cela pour me relâcher, autour de 11h30. 7 heures de garde à vue pour un motif dont ils aurait pu vérifier l’inanité en deux minutes, et qui ressemblait qui plus est à trois autres aggressions du même type qui ont déjà eu lieu. »

« Il y a deux mois, poursuit en effet Pierre Stambul, encore très choqué, il y a eu exactement la même agression que celle que j’ai subie, contre l’autre co-président de l’UJFP, Jean-Guy Greilsamer, arrêté également chez lui suite à un canular. Deux autres militants en ont également fait les frais. C’est toujours Ulcan, hacker confirmé, et la police se laisse encore prendre au piège, c’est scandaleux. Et croyez-moi, vu la violence des policiers, un homme encore plus âgé que moi y serait resté. »

Pour lui, son arrestation est directement liée au contexte international : « Depuis quelques jours, il y a une campagne folle en Israël, qui a peur de la campagne BDS [boycott, désinvestissement, sanction, lire notre enquête ici], et tous les jours nous recevons des menaces, relayées par le site JSSnews et par la ligue de défense juive, qui parle de l’“immonde Stambul”. » Pierre Stambul ne compte pas en rester là, et annonce qu’il portera plainte dans les jours qui suivent contre le comportement de la police, de même que l’UJFP. Pierre Stambul devait participer ce mardi soir à une réunion à Toulouse, organisée par l’UJFP et le comité Boycott, désinvestissement, sanctions (BDS) pour dénoncer l'occupation par Israël de la Cisjordanie.

« Dans la nuit, le commissariat du 9e arrondissement de Marseille, je crois, a reçu un appel d'un dénommé Pierre Stambul affirmant qu'il venait de tuer sa femme, explique de son côté Laurent Nunez, le préfet de police de Marseille. Il a laissé ses coordonnées. Les policiers ont procédé à un contre-appel au numéro indiqué, et l'homme a répondu en répétant qu'il avait tué sa femme, qu'elle avait un trou dans la tête et qu'il tirerait sur tout le monde. » Selon le préfet, les policiers ont eu recours à l'antenne marseillaise du Raid pour se rendre sur place vers 4h30 du matin. « Ils ont trouvé Pierre Stambul et sa femme vivante et l'ont placé en garde à vue pour dénonciation mensongère, car ils ont cru qu'il était à l'origine de l'appel », poursuit Laurent Nunez. Le militant a été libéré « vers 10h30 ».

Le préfet de police de Marseille indique avoir appelé l'UJFP pour présenter ses excuses pour cette « mauvaise interprétation » des policiers. Il souligne que le canular était « très bien monté », la technique du contre-appel étant « très étonnante ». « Cela ressemble beaucoup au mode opératoire de Grégory Chelli [le vrai nom d'Ulcan - ndlr] et nous avons demandé à M. Stambul de déposer plainte », dit Laurent Nunez.

Grégory Chelli, alias Ulcan, est un hacker franco-israélien déjà visé par plus d'une demi-douzaine de procédures pour des faits assez graves. Fin octobre 2014, le hacker a été arrêté et placé en garde à vue, puis relâché après 48 heures d'interrogatoire par les policiers d'Ashdod (Israël), où il réside. L’ambassade d’Israël en France venait de publier un communiqué assurantaux autorités françaises leur volonté de coopérer dans le traitement judiciaire de cette affaire, même si les deux pays ne disposent d'aucune convention d'extradition.

Adepte des impostures téléphoniques de mauvais goût, Grégory Chelli avait notamment fait croire aux parents d’un journaliste de Rue89 dont un article lui avait déplu que leur fils était mort, au début du mois d’août 2014. Puis dans le même registre, Ulcan s’était ensuite fait passer pour Pierre Haski, cofondateur de Rue89, en faisant croire à la police qu’il venait de tuer sa compagne, et en provoquant – là encore – une intervention policière nocturne et traumatisante au domicile du journaliste. La même chose était arrivée voilà quelques jours au négationniste Robert Faurisson.

Les conséquences graves de ces impostures avaient conduit le ministère de l’intérieur à alerter tous les commissariats, les incitant à la prudence en cas d’appel suspect, en recourant notamment à la procédure du contre-appel. Ce qui n'a manifestement pas suffi ici.

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France Télévisions : la désignation de Delphine Ernotte déclenche de nouvelles plaintes

mardi 9 juin 2015 à 00:00

Vraisemblablement entachée d’irrégularités (lire France Télévisions : la désignation de la PDG entachée d’irrégularités), la désignation par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) de Delphine Ernotte au poste de PDG de France Télévisions fait des vagues de plus en plus nombreuses et a déclenché une cascade de plaintes, au pénal comme devant la juridiction administrative.

Comme nous l’annoncions (lire France Télévisions : la justice va être saisie du scandale Ernotte), le syndicat CGC des Médias (SNPCA-CGC), par le biais de son avocat Me Pierre-Olivier Lambert, a déposé une plainte au pénal auprès du Parquet du tribunal de grande instance de Paris, « pour des soupçons d’abus d’autorité et de manquements à l’obligation de probité du CSA dans la procédure de nomination », comme il l’indique dans un communiqué. La plainte vise, « en particulier, le délit de trafic d’influence », indique le syndicat dirigé par Jean-Jacques Cordival.

Cette plainte vient donc s’ajouter au signalement effectué auprès du parquet par l’un des candidats évincés, Didier Quillot, l’ancien patron de Orange-France et de Lagardère Active (lire Affaire France Télévisions : Didier Quillot aurait aussi saisi le Parquet). Quelque jours après que nous eûmes révélé cette action en justice, l’intéressé l’a confirmé, à l’occasion d’un entretien au Figaro, que l’on peut consulter ici. Selon nos informations, le syndicat CFDT de France Télévisions aurait aussi l’intention de porter plainte auprès du procureur de la République.

Mais les actions en justice ne s’arrêtent pas là. Le syndicat CGC des Médias a initié un second recours contestant la nomination de Delphine Ernotte à la Présidence de France Télévisions. A son initiative, une requête en annulation de la décision de sa nomination a été déposée devant le Conseil d’Etat. Cette requête « s’appuie, notamment, sur le manque d’impartialité du CSA et l’opacité de la procédure de nomination ».

Cette requête peut être consultée ci-dessous :

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